A partir de 1925, et ce jusqu’à le seconde guerre mondiale, le calendrier annuel de Spa-Francorchamps va compter trois épreuves : les 24 Heures de l’Automobile Club de Belgique qui remporte un succès populaire bien plus important que le Grand Prix automobile de l’époque et, pour les deux roues, un Grand Prix Moto qui lui aussi fait un tabac.
Sport « moderne », les courses vont révolutionner la vie du petit village de Francorchamps. Dans les paisibles prairies de la « route » de Ster, les « Blancs Blues » de l’époque vont voir se dresser régulièrement de drôle de constructions.
Pour la période des courses, l’entreprise des frères Dumont, une association de fait francorchamptoise, embauche pour la construction de tribunes amovibles de 600 à 800 places. En cette année 1925, elle procède également à la pose de palissades de sécurité en bois qui remplacent les ballots de paille, premiers éléments de sécurité placés pour protéger le public. Ces éléments seront utilisés jusqu’en 1950, année de la construction de murs en moellons… mais cela ce serait pour plus tard !
Une fois le pont de l’Eau Rouge franchi, le long virage de l’Ancienne Douane négocié, les pilotes filaient vers les Combes et disparaissaient de la vue des spectateurs. Sans aucune nouvelle de l’évolution de la course, ceux-ci n’avaient plus qu’à se tourner vers le virage de la Source pour découvrir qui virerait en tête. Tout juste le temps d’avaler une bière car les concurrents atteignaient déjà des vitesses vertigineuses. Lors du GP du 28 juin, la barre des 200 km/h était franchie.
La course automobile, le spectacle à la mode en cette fin de premier quart de siècle, se montra rapidement implacable.
Les pilotes se grisaient de vitesse, mais non sans risque. La sécurité de ces drôles d’engins était bien précaire. Le 2 août, l’Anglais Holowell perdait le contrôle de sa moto à Chefosse, juste avant le virage de Stavelot. Le malheureux était le premier nom d’une triste et longue liste de victimes d’accidents mortels.
Un monument à sa mémoire se trouvait à l’endroit exact du drame, avant d’être déménagé à Stavelot et revenir finalement à Francorchamps à l’intérieur du virage de la boucherie Laval dans le centre du village.
Avec un public payant estimé à l’époque entre 5000 et 10.000 personnes, ainsi qu’un nombre identique de resquilleurs, la presse comprit très vite l’intérêt de suivre ce sport en vogue. Ainsi, en 1926, le journal La Meuse acheminait jusqu’à la gare de Francorchamps, une édition spéciale avec les résultats de la course, une heure après le drapeau à damier. Etonnant.
On est, pour cette opération marketing du quotidien liégeois, en 1926. Cette année là, verra aussi, la réputation de la célèbre cuvette de Francorchamps prendre un sacré coup… d’eau. Les 24 Heures se dérouleront sous une… pluie battante. Ah nos Ardennes profondes… une autre liste était inaugurée.
Cocorico toutefois, car la Coupe du Roi sera Noire Jaune Rouge, grâce à trois voitures FN, engagées sous la houlette d’un certain Perier.
Côté moto, le 18 juillet, la FMB a les honneurs de présenter le premier Grand Prix d’Europe des Motos.
La fête bat son plein dans le village où les locaux ont le sourire.
L’économie locale profite de l’arrivée de ces riches « drivers », ainsi que de leurs nombreux supporters. Le fleuriste du coin, la Maison Godfroid, toujours en place aujourd’hui, est appelé pour la décoration florale des tribunes et autres espaces VIP.
Francorchamps et le village voisin de Hockai comptent pas moins de dix hôtels (6 et 4 exactement) où les lumières brillent tard dans la nuit. A cette époque, il n’y avait pas de couvre feu pour les compétiteurs.
- Luc Willems-